Vue nocturne du Howrah Bridge et une partie de la ville de Kolkata (prise par Sudipto Chakrabarty)

Kolkata (nom officiel depuis 2001, Calcutta auparavant), ancienne capitale de l’Inde britannique, est une ville du West Bengal connue pour son intensité unique. Surnommée The City of Joy, elle mélange héritage colonial, spiritualité, street food iconique, culture artistique et passion du sport entre football et cricket. Kolkata est aujourd’hui l’une des destinations culturelles les plus fascinantes d’Inde. Une ville dense, vibrante et profondément humaine — et pour moi, une ville liée à mes origines.

Kolkata n’est pas simplement un point sur une carte, c’est là d’où je viens. Une origine qui m’habite, comme un fil invisible qui relie mon histoire à celles des générations qui m’ont précédé.

Même si je n’y ai pas grandi, elle fait profondément partie de moi. Elle vit dans les récits de ma famille, dans les plats que l’on partage, dans les sons qui me sont familiers et dans les odeurs qui me rappellent d’où je viens.

Ancienne capitale de l’Inde britannique jusqu’en 1911, Kolkata a longtemps été l’un des centres politiques, intellectuels et culturels les plus importants du sous-continent. Cette histoire continue de vivre aujourd’hui dans son architecture, ses institutions et surtout dans son énergie quotidienne.

Le surnom « City of Joy » vient du roman La Cité de la Joie (1985) de Dominique Lapierre, qui dépeint une ville où, malgré la dureté du quotidien, les habitants avancent avec dignité et solidarité.

Et dans les rues de Kolkata, cela se ressent immédiatement : les taxis jaunes emblématiques, les bus rapides, les rickshaws plus lents, les klaxons permanents, les vendeurs ambulants, les foules… tout forme un chaos organisé.

Scène de rue à Kolkata, où taxis jaunes, rickshaw à traction humaine et circulation dense illustrent le rythme constant de la ville (auteur non renseigné)

Le Howrah Bridge est l’un des symboles emblématiques de la ville. Ce pont métallique gigantesque relie les deux rives du fleuve Hooghly et est emprunté chaque jour par des milliers de personnes. Il incarne parfaitement le mouvement permanent de Kolkata.

Passagers de ferry (bateau de transport) sur les rives du fleuve Hooghly près du Howrah Bridge (prise par Sudip Mitra)

La ville porte encore l’empreinte coloniale britannique, perceptible dans l’architecture de ses bâtiments historiques et le tracé de ses larges avenues. Elle se distingue aussi par son tramway, l’un des plus anciens réseaux encore en activité en Asie, introduit à la fin du XIXe siècle. Héritage direct de la période coloniale, il fait aujourd’hui partie du paysage quotidien, avançant lentement à travers la ville comme un rappel discret de son histoire.

Le Victoria Memorial, construit à l’époque coloniale britannique, est l’un des monuments les plus emblématiques. Il symbolise ce passé impérial tout en étant aujourd’hui un lieu culturel et de promenade.

Tramway jaune et Victoria Memorial, monument iconique et héritage colonial (généré par l’IA pour illustrer)

Mais Kolkata ne se limite pas à son héritage historique : la ville demeure un haut lieu de spiritualité, incarné par des sites majeurs.

Le Dakshineswar Kali Temple, dédié à la déesse hindoue Kali, attire chaque jour des fidèles venus prier dans une atmosphère de ferveur intense au bord du fleuve. Plus au nord, le monastère de Belur Math, fondé par Swami Vivekananda, s’impose comme un symbole d’unité religieuse et de dialogue entre les traditions.

Dakhineswar Temple, un incontournable de la ville (prise par Monojit Dutta)

Le Durga Puja est sans doute l’événement le plus emblématique de Kolkata.

Pendant plusieurs jours, la ville change complètement de visage. Les quartiers deviennent des espaces artistiques à ciel ouvert grâce aux pandals, structures temporaires installées pour célébrer la déesse Durga.

Chaque année, les thèmes changent et repoussent les limites de la créativité.

Certains pandals deviennent célèbres dans toute l’Inde, comme celui de ShreebhumiLake Town), connu pour ses installations spectaculaires inspirées de l’univers pop et de reconstitutions monumentales (Disneyland en 2023).

Le pandal de 2018, sur le thème Padmaavat, du Shreebhumi Sporting Club (prise par Monojit Dutta)

On peut passer d’un quartier à l’autre comme si on entrait dans des mondes différents.

La ville ne dort presque pas. Les rues sont pleines jour et nuit. Les familles sortent ensemble. Les jeunes circulent partout. Les sons, les lumières, les couleurs remplissent l’espace.

Durga Puja n’est pas seulement un festival religieux. C’est une expérience collective, artistique et sociale qui reflète l’âme de Kolkata.

Le Durga Puja est inscrit depuis 2021 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO pour sa richesse culturelle, artistique et sociale, ainsi que pour son rôle central dans la vie collective de Kolkata.

À Kolkata, la nourriture dépasse largement la simple question du goût. Elle accompagne le quotidien, les moments en famille, les fêtes, mais aussi toute l’énergie de la rue. La ville est d’ailleurs réputée dans toute l’Inde pour sa street food, omniprésente et profondément ancrée dans les habitudes.

Dans les rues, on retrouve des incontournables devenus emblématiques : les phuchka, les kathi rolls nés à Kolkata, ou encore les chow mein et momo, héritage indo-chinois aujourd’hui intégré au quotidien. À cela s’ajoutent des classiques comme le fish fry, le kabiraji fish ou encore le Kolkata biryani, reconnaissable à sa pomme de terre et souvent considéré comme l’un des meilleurs du pays.

Mais la cuisine bengali ne se limite pas à la rue. Elle s’exprime aussi à travers des plats plus traditionnels comme le shorshe ilish ou les repas servis en bengali thali, où chaque élément trouve sa place dans un équilibre précis.

Enfin, impossible de parler de Kolkata sans évoquer les mishti. Ces douceurs — roshogolla, sandesh, mishti doi ou chom chom — occupent une place essentielle dans la culture locale. Ici, le sucré n’est pas un excès, mais une signature, pensée avec équilibre.

À Kolkata, la cuisine ne cherche pas à impressionner. Elle accompagne la vie, simplement.

Bengali thali composé de petits plats traditionnels à base de paneer (un équivalent du tofu), poissons, crevettes, Chicken roast, mishti et fruits (morceaux de mangue et litchis) (prise par Subhrajyoti Paul)

Plus de détails dans un prochain article ?

Kolkata est aussi une ville de langues et de nuances. Le bengali, langue principale du West Bengal, est souvent décrit comme the sweetest language in the world, en raison de sa musicalité, de ses sonorités douces et de sa forte dimension poétique. C’est une langue profondément liée à la littérature, à la musique et à l’identité culturelle de la région.

Mais Kolkata n’est pas une ville homogène. Elle est aussi le lieu d’une coexistence de nombreuses communautés et ethnies venues de différentes régions de l’Inde et des pays voisins. Cette diversité se retrouve dans les quartiers, les marchés, les religions, les cuisines et les accents. Hindi, anglais, bengali et d’autres langues s’entremêlent dans le quotidien.

Cette pluralité fait partie intégrante de l’identité de la ville : Kolkata est à la fois profondément bengali, mais aussi ouverte, mélangée, traversée par des histoires multiples qui cohabitent sans s’effacer.

Kolkata porte aussi une identité profondément artistique, où la poésie, la musique et la culture occupent une place essentielle.

Ville de Rabindranath Thakur, premier asiatique à avoir reçu le prix Nobel de littérature et auteur de l’hymne national indien (et bangladais), Kolkata reste marquée par son héritage. Son influence dépasse largement les livres. Le Rabindra Sangeet, ces chansons qu’il a composées, fait encore partie du quotidien. On les entend dans les maisons, dans les écoles, dans des moments simples.

Portrait de Rabindranath Thakur exposé lors d’un festival culturel (auteur inconnu)

Ici, la poésie ne reste pas figée. Elle circule dans les conversations, dans les récits, dans les voix. Elle s’inscrit dans la manière de penser autant que dans la manière de vivre.

Dans certains quartiers, cette culture reste visible : librairies anciennes, cafés, discussions spontanées, affiches de films. Kolkata est une ville qui pense, qui crée, qui raconte.

Kolkata occupe une place particulière dans l’histoire culturelle de l’Inde, notamment comme l’un des premiers foyers du cinéma dans le pays.

Dès la fin du XIXe siècle, des pionniers comme Hiralal Sen expérimentent les premières formes de filmage, faisant de Kolkata un centre précoce de création audiovisuelle.

Plus tard, l’industrie cinématographique bengali s’organise à Tollygunge, quartier du sud de Kolkata, où studios et techniciens se regroupent progressivement. C’est de là que vient le nom Tollywood.

Collage mural de plusieurs affiches de films issus du cinéma bengali (auteur inconnu)

Elle se distingue par un cinéma profondément narratif, humain et artistique, porté par des figures majeures comme Satyajit Ray, reconnu mondialement pour ses films sensibles et ancrés dans le réel.

Kolkata n’a donc pas seulement accompagné le cinéma indien : elle en a été l’un des points de départ.

Et cette manière de raconter Kolkata ne se limite pas à l’art ou au cinéma. Elle se prolonge aussi dans un autre langage, plus direct, plus collectif : celui du sport.

Le sport fait partie intégrante de l’identité de Kolkata. Il ne se limite pas aux stades : il se vit au quotidien, dans les rues, dans les parcs, dans les terrains improvisés.

Le football y occupe une place historique. La ville est souvent considérée comme le berceau du football moderne en Inde, notamment avec la création de clubs emblématiques comme Mohun Bagan à la fin du XIXe siècle. Sa victoire en 1911 contre une équipe britannique lors de l’IFA Shield reste un moment marquant, souvent perçu comme une affirmation symbolique à travers le sport.

Aujourd’hui encore, la rivalité entre Mohun Bagan et East Bengal structure la vie locale. Le Kolkata Derby dépasse largement le cadre sportif : c’est un événement social, presque identitaire, où toute la ville semble prendre parti.

Tribunes du Salt Lake Stadium pleines de supporters lors du Kolkata Derby (prise par Moumita Dutta)

Mais Kolkata vibre aussi au rythme du cricket, notamment autour du mythique Eden Gardens, l’un des stades les plus emblématiques au monde. C’est ici que se joue une autre forme de ferveur collective, portée par les Kolkata Knight Riders, équipe de l’Indian Premier League détenue par Shah Rukh Khan et Juhi Chawla.

Avec eux, le cricket dépasse le simple cadre sportif. Il devient un point de rencontre entre sport, cinéma et culture populaire. Les matchs à l’Eden Gardens se transforment alors en véritables événements, où la ville entière semble vibrer à l’unisson.

Le stade de cricket Eden Gardens décoré de bannières de l’équipe KKR (auteur inconnu)

Et au-delà des grandes affiches, le sport reste partout. Une partie de cricket improvisée dans une ruelle, un match de football dans un parc, quelques enfants qui jouent en fin de journée : ici, le sport ne s’arrête jamais vraiment.

Kolkata n’est pas seulement l’ancienne capitale de l’Inde. C’est une ville qui continue de vivre son histoire au présent et qui rappelle une chose essentielle : la joie ne vient pas du confort, mais de la manière dont on habite le monde.

Et c’est peut-être pour ça que The City of Joy n’est pas juste un surnom mais une vérité vécue.