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The Great Indian Kitchen : un sexisme banalisé au sein des foyers indiens

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The Great Indian Kitchen est un film malayalam réalisé par Jeo Baby et sorti en 2021. Les acteurs principaux sont Nimicha Sajayan et Suraj Venjaramood. Ce film met en scène un jeune couple qui vient tout juste de se marier. Le public sera, tout au long du film, témoin des corvées et injustices auxquelles devra faire face la jeune mariée.

Un mariage arrangé

Le film commence par une scène faisant un parallèle entre l’occupation actuelle de la future mariée, une danseuse, et ce qui va indéniablement être son occupation à venir après le mariage, c’est-à-dire la cuisine. La famille de la jeune femme reçoit celle du futur marié. Les personnages principaux n’échangent que quelques mots, la scène qui suit est directement celle du mariage. Rapidement, le couple s’entend bien, une bonne alchimie est présente entre eux. Par le comportement de la jeune épouse, nous pouvons deviner qu’elle éprouve une certaine satisfaction, au début du mariage, à servir son mari et son beau-père. Seulement, ceci n’est que le faux-semblant de ce qui l’attend réellement. Elle est maintenant, la belle fille d’une famille patriarcale.

Une scène du couple récemment marié, dans The Great Indian Kitchen / THE-NEWS-MINUTE.

Corvées et pénibilités

Le mode de fonctionnement de la belle-famille nous ferait presque douter de l’époque à laquelle se déroule l’histoire. En quelques mots, dans cette nouvelle famille, l’homme est roi et la femme a pour rôle de le servir. Avec l’aide de sa belle-mère, la jeune mariée cuisine, nettoie, sert les hommes de la maison et tout ceci se déroule dans une évidence imperturbable.

Beaucoup de scènes sont dédiées aux tâches qu’effectue l’épouse dans la cuisine. Du matin au soir, du petit-déjeuner au dîner, elle s’occupe de tout. Il ne s’agit ici pas que de préparer les repas, mais aussi de faire la vaisselle et le ménage. Elle gère tout, de A à Z. Les hommes de la maison ont le privilège de pratiquer le yoga ou de passer du temps sur leurs téléphones.

La belle-famille est exigente, surtout le beau-père. Il a des demandes très particulières : la cuisson du riz par exemple doit être faite de manière artisanale et non à l’aide d’un autocuiseur. Son linge doit être lavée à la main et non à la machine.

Le réalisme de ces scènes est flagrant, le réalisateur a sûrement voulu montrer les actions telles que nous les voyons dans la vie de tous les jours. Rien ici n’est embelli, tous les détails représentent très bien une cuisine indienne des plus ordinaires. Ce qu’il faut souligner ici, c’est que la cuisine dans laquelle la jeune mariée passe son temps est loin d’être moderne. Rien n’est fait pour faciliter le travail des personnes l’utilisant. Il n’y a pas de machines, tout doit être fait à la main, comme dans les temps anciens.

L’absence de musique renforce cette pénibilité latente tout au long du film. Sans doute, le réalisateur a dû penser que la musique donnerait une note de légèreté au film, ce qui n’est pas attendu ici.

Les jours se répètent et les restrictions se multiplient

Les jours passent, les mêmes corvées se répètent et nous sommes témoin de l’épuisement et de l’agacement du personnage principal.

La jeune femme est soumise à de nombreuses restrcitions. Selon les dires du beau-père, il n’est pas préférable qu’elle candidate à un poste de professeure de danse. Car il y’aura personne pour s’occuper de la maison. Son mari, ne la défend pas grandement, il luit dit simplement d’être un peu patiente.

Certaines croyances hindoues, considèrent les femmes qui menstruent comme « impures ». Elles doivent alors faire face à tout un tas de conditions. C’est en effet ce que va vivre notre personnage principal. Elle ne sera plus autorisée à cuisiner durant cette période. Ceci n’est pas le pire, nous pouvons penser que ses règles lui octroient une période de répit. Mais le problème encore une fois est que ces croyances peuvent être extrêmes. Ainsi, elle n’est pas autorisée à toucher les objets de la maison. Elle ne peut même pas dormir sur un lit, elle se verra dormir par terre durant cette période.

Vie de couple

Dans le film, quelques scènes très brèves sont consacrées à la vie sexuelle du couple. Ce qui va se passer dans le lit conjugal est généralement toujours la même chose. Harassée par ses corvées quotidiennes, la jeune mariée, devra, quoi qu’il en soit, satisfaire son mari, la nuit arrivée. Même si ces scènes sont très courtes, les expressions du personnage reflètent très bien le fait qu’elle ne prenne pas de plaisir dans ses relations. Ici, l’homme est le seul à être satisfait et sa satisfaction passe avant le bien-être de son épouse.

Plus tard dans le film, l’épouse tentera de parler de l’inconfort qu’elle ressent lors de leurs rapports et demandera s’il est possible de simplement s’en tenir aux préliminaires. Il lui répond alors sèchement, insinuant que c’est étrange qu’elle soit familière avec ce terme. Le mari inflige alors une certaine culpabilité à sa femme qui mettait simplement ses besoins et envies en avant.

CINEMA-EXPRESS

Message diffusé

Ce film a été réalisé dans le but de sensibiliser la gente masculine sur l’égalité des sexes. À  travers cette création, le réalisateur a voulu raconter l’histoire de nombreuses femmes. Aussi triste que cela puisse paraître, c’est de cette manière que fonctionnent une grande partie des foyers indiens. Nous ne pouvons pas dire que les hommes sont contre l’égalité des sexes ou contre l’émancipation de la femme. Mais ce que nous pouvons dire, c’est que dans la grande majorité des cas, ils ne sont pas gênés de profiter de leurs privilèges. Dès le plus jeune âge, les garçons sont servis par leurs mères et après le mariage, cette responsabilité revient à leurs femmes. Il s’agit ici d’une sorte de règle ancrée dans la mentalité des individus depuis très longtemps.

Jeo Baby, le réalisateur, a eu l’idée de ce film après son mariage, une fois que lui-même a dû endosser une certaine charge de travail, il a alors pensé à toutes ces femmes auxquelles ce mode de vie était leurs quotidiens.

The Great Indian Kitchen est un film qui a fait du bruit et c’était bien le but. Les femmes se sont senties très concernées, elles voyaient à l’écran, un résumé de leurs vies. Les hommes quant à eux ont pu s’apercevoir de l’inégalité omniprésente, mais banalisée au sein de leurs propres foyers. Certains ont ouvert les yeux sur cette injustice. Nous pouvons dire que c’est mission réussie pour le réalisateur.

Voici la bande annonce du film :

Progrès mais injustice permanente

L’Inde est un pays qui fait de grands progrès par rapport aux droits de la femme, l’éducation devient une évidence, tout comme l’insertion professionnelle. Cependant, il reste des injustices, comme celles dénoncées dans ce film, qui sont moins prises au sérieux. Peut-on parler d’égalité si les femmes occupent des postes importants, mais qu’en rentrant chez elles, elles doivent continuer de travailler gratuitement ? Si une société, considère la moitié de sa population comme des machines de travail inépuisables, alors la notion d’égalité des sexes n’est certainement pas comprise.

Merci au réalisateur pour un film au message aussi poignant ! Vivant au XXIe siècle, certains considèrent que le féminisme est un mouvement vain, car l’égalité des sexes est une chose acquise. Si c’était le cas, nous ne serions pas en train d’en parler aujourd’hui. Bien qu’il y ait des améliorations, nous vivons dans un monde où inégalités et injustices existent toujours, de ce fait, n’arrêtons pas de lutter.

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1 Commentaire
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Laure95
13 jours il y a

Un très bon article. il donne envie de s’intéresse plus profondément au sujet.