THE LEGEND OF MAULA JATT

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“Maula Jatt” ce nom vous dit-il quelque chose ? Vous ne pouvez pas passer à côté de cette référence légendaire, dès lors que vous discutez avec des pakistanais. C’est la référence cinématographique des films pakistanais (Lollywood) et qui transcende plusieurs générations. Mais dès lors que vous jetez un œil à ce vieux film et surtout au héro, un grand drôle moustachu, vous vous dites mais pourquoi autant d’engouement ?

Voici l’explication d’un film devenu culte au fil du temps et tant attendu pour sa version revisitée.

ORIGINES DU FILM

Maula Jatt est un film d’action pakistanais punjabi sorti en février 1979. “Maula” est le prénom du héros. Quant au nom “Jatt”, il correspond à la caste/population des agriculteurs du Nord-Ouest de l’Inde et du Pakistan. Et ce notamment dans les régions du Punjab et du Rajasthan.

Maula Jatt est un film qui raconte l’intense rivalité brutale et la soif de vengeance rurale à la “punjabi” entre un villageois et un chef de bandit. Le villageois “Maula Jatt” est interprété par le célèbre et talentueux acteur Sultan Rahi. Quant au bandit “Noori Natt”, il est joué par l’acteur Mustafa Qureshi. Le film a été produit par Sarwar Bhatti et réalisé par Younis Malik.

Issu de l’idée originale de l’écrivain et poète Ahmed Nadeem Qasmi, il a d’abord été publié sous la forme d’une histoire intitulée “Gandasa”. Un outil d’agriculture semblable à une faucheuse ou un faux mais de forme rectangulaire. Il est utilisé comme une arme et sera également l’arme du héros “Maula” telle à l’image de l’épée d’Excalibur.

L’histoire a ensuite été empruntée et adaptée en un film intitulé “Wehshi Jatt”, par le scénariste Nasir Adeeb. Selon certaines informations, Maula Jatt, serait une suite non officielle de “Wehshi Jatt”.

PREMIER FILM VIOLENT DES ANNÉES 80

Il faut savoir que depuis sa création, le cinéma pakistanais a toujours été connu pour ses films sentimentaux et romantiques. Mais en 1979, la sortie d’un film aussi violent sur la vengeance féodale va apporter une nouvelle ère dans la cinématographie pakistanaise. Étant considéré comme une prouesse technologique d’effets spéciaux à l’époque, et face à la violence de certaines scènes, des ambulances se tenaient prêtes à secourir les victimes de malaise devant les salles de cinéma.

Sorti deux ans après le début de l’ère dictatoriale d’islamisation du président Zia-Ul-Haq (1977) qui imposait des politiques de censure contre les manifestations d’affection mais pas contre la violence, il a dominé les salles de cinéma pendant plus de 310 semaines, tandis que les films romantiques restaient écrasés par les restrictions.

Néanmoins, même s’il a rencontré une interdiction de diffusion, le producteur obtient une ordonnance de sursis. L’ordonnance de suspension a non seulement donné au film une durée de diffusion dans les cinémas, mais a également aidé le film à entrer dans l’histoire en tant que premier film punjabi à l’avoir fait. Malheureusement, Maula Jatt sera finalement banni 2 ans et demi après sa sortie.

Ceci ne l’a pas empêché d’inspirer plusieurs réalisateurs pakistanais et de produire dans le même genre des films jusqu’à rajouter le suffixe “Jatt” dans chaque titre. Notamment les suites du film tels que “Maula Jatt teh Noorie Nut ou Maula Jatt in London”. Il a même traversé les frontières pour inspirer le voisin indien avec le film “Jeene Nahi Doonga” de 1984 qui était prétendument un remake de Maula Jatt. Le film mettait en vedette les vétérans de Bollywood Shatrughan Sinha et Dharmendra. Le casting comprenait également Raj Babbar et Anita Raj.

Affiche du premier film Maula Jatt.

UN HÉROS CULTE

L’histoire met en avant la masculinité à un niveau très primordial et apprécié par le public. Tel un héros, Maula apparaît à chaque appel de secours de sa belle-sœur (Bhabi) où qu’il soit. Il chevauche à une grande vitesse tel un Zorro. Les scènes sont dignes des westerns américains.

Son physique, non très séduisant pour les filles d’aujourd’hui, représente l’exemple d’homme à être. Avec sa carrure et sa chevelure carrées, il marche les bras tendus et écartés et s’avance comme un musclé, le torse bombé tenant son “Gandasa” ensanglanté. Ça sera le cas de chaque personnage masculin dans le film. Chaque dialogue est rythmé par les mouvements des bras se balançant d’avant en arrière. Le geste s’accomplissant par la traditionnelle torsade de la longue moustache en forme de guidon ou par la tape sur la cuisse levée, signes de fierté des hommes punjabis. Un machisme à son apogée mêlé à des dialogues joués théâtralement et qui rendent certaines scènes très comiques. D’autant que durant les chansons du film, ce macho se tient debout sans bouger ni ciller un instant pour montrer son ego devant une héroïne qui se plie en quatre et se déhanche avec fougue.

Cette image se complète et rend le personnage appréciable lorsque malgré une image très virile mêlée à une soif de vengeance, celle-ci rend service aux plus démunis et aux plus faibles. Notamment c’est le sauveur et le protecteur de l’honneur des femmes. À tel point qu’il va jusqu’à respecter et jurer protection à la sœur de son ennemi juré “Daaro Nattni” pour laquelle il devient un demi-frère et va jusqu’à lui choisir son futur époux qui n’est entre autres que son meilleur ami, son bras droit “Moodha’.

DES HÉROÏNES MODERNES

Lawrence Wright, auteur lauréat du prix Pulitzer, a dit un jour : « Les femmes mettent le civil dans la civilisation ». Elles contrôlent les hommes. Elles les détournent de la violence. Cela dit, plus une société réprime la voix féminine, plus elle se retrouve dans le chaos. Plusieurs pays en sont un exemple vivant.

Mais contrairement à la réalité des villages punjabis, la franchise Jatt se déroule dans un village utopique. Ici, les femmes ne sont pas supprimées, mais vivent selon des valeurs entièrement différentes. Au lieu d’être obligées de se couvrir, elles errent sans restrictions. Au lieu d’éloigner les hommes de la violence, elles les mettent au défi. Elles choisissent aussi les hommes selon des critères différents. Dans un cas, notre héroïne “Muhko Jattni” (une laitière) tombe amoureuse de Maula non pas lorsqu’elle le rencontre ou le voit, mais seulement lorsqu’elle apprend qu’il a commis un meurtre en public. Ici, les femmes peuvent chevaucher et tenir un fusil ou marcher tête haute avec le torse bombé. Évidemment ça n’a pas le même impact mais ce sont des femmes qui ne se laissent pas faire.

Le tempérament électrique de Daaro se fait ressentir à chacun de ses mouvements dont ceux de sa tête et son regard foudroyant surplombé d’un eye-liner XXL.

La romance s’exprime également par la violence. Par exemple, le prétendant de Daaro, Moodha, lui donne des claques jusqu’à ce qu’elle reconnaisse son amour.

UN MÉCHANT À L’IMAGE DU JOKER

Il en est de même pour le rival de Maula Jatt, son plaisir réside dans la violence. Noori Natt est le méchant invincible qui passe de prison en prison exprès, afin de rencontrer celui qui sera à sa hauteur. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, Noori Natt ne crie pas mais parle avec gentillesse, souris constamment et interpelle les gens avec son “Soneya” (Oh mon chéri/joli).

Son personnage et son attitude rappelle celui du Joker. Au lieu d’être à l’opposé du héros, celui-ci semble être son alter ego d’où leur amitié qui se crée lors de leur première rencontre sans savoir qui est l’autre. Dès lors que Noori apprend qui est réellement Maula, son plaisir de violence refait surface. Il n’hésite pas à taillader tous les jours une blessure donnée par Maula pour se rappeler sa vengeance. Ce plaisir qu’il éprouve à travers le mal,  l’emmène à retourner en prison sans opposition et sans renfort aux côtés de Maula, ou jusqu’à se couper le pied en l’honneur de sa parole.

2022 : THE LEGEND OF MAULA JATT

The Legend of Maula Jatt, produit et réalisé par Bilal Lashari se veut être une version plus dark et plus violente de l’ancien film. Au casting, on retrouve les stars du cinéma pakistanais. Fawad Khan incarne le héros Maula Jatt et Hamza Ali Abbassi, celui de l’iconique Noori Natt. Du côté des actrices, Mahira Khan incarne l’intrépide Mukkho, et Humaima Malik, la ténébreuse et dangereuse Daaro. Cette nouvelle version de Maula Jatt n’entache en rien l’aura de l’ancien film, que ce soit les personnages et même les dialogues qui ont été repris.

Le teaser du film a été dévoilé en décembre 2018 pour une sortie prévue en 2019. Cependant, le producteur de l’ancien film a porté plainte pour atteinte aux droits d’auteurs. Suite à un accord trouvé entre les deux parties et la crise du Covid-19, il a fallu attendre cette année pour que le film soit enfin diffusé sur grand écran.

Dépourvu d’une diffusion en Inde, le film fait un carton au Pakistan et au niveau international : Europe, USA, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande. Au Royaume Uni, The Legend of Maula Jatt a dépassé les recettes de RRR et KGF Chapitre 2.

Avec un budget qui tourne autour de 44-55 crore, cette nouvelle version tant attendue est le plus gros projet du cinéma pakistanais. À ce jour, le film a récolté plus de 170 crores, devenant ainsi le film pakistanais le plus rentable de l’histoire du cinéma pakistanais.

REVIEW PAR LES MEMBRES D’IAMDESI

Retour sur le film de la rédactrice Ounsa:

Dès lors que j’ai su que ce film allait être diffusé en France, je n’ai pas hésité à sauter de mon lit pour aller le voir loin de chez moi quitte à prendre le RER D un Vendredi 11 novembre férié.

Ce que j’en peux en dire : c’est un chef d’oeuvre ! L’Art à la pakistanaise enfin visible sur grand écran en France. Dès la première scène nous sommes plongés dans cette ambiance fidèle au genre du film sombre, mystérieuse et violente. Les effets spéciaux sont de qualité et modernes. On retrouve les paysages romantiques du Punjab comme les champs de moutarde et les arbres majestueux.

Les scènes de combat ainsi que la violence sont bien dosées jusqu’à la goutte de sang près. C’était un plaisir d’entendre des dialogues aussi poignants, intelligents et aussi drôles, caractéristiques du théâtre pakistanais. Malgré que l’histoire ai été modifiée on retrouve ce lien étrange entre le héros et le méchant. Pour le peu de danses et de chansons que j’ai pu apprécier durant le film, j’aurais aimé en voir davantage car c’était l’occasion de faire découvrir la poésie et la danse pakistanaise dans le monde. En terme, je ne suis toujours pas rassasiée ! Espérons une suite ? Ma note : 4/5 étoiles !

Présentation en vidéo du film “The legend of Maula Jatt” par le chroniqueur Saj


Retour sur le film par la rédactrice Hafousoi alias @Hindicinema :(https://www.instagram.com/hindicinema/)

Article co-écrit par Ounsa et Hafousoi

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