Il y a des villes que l’on visite, et puis il y a celles qui nous habitent. Située dans l’Uttarakhand, près
de Haldwani, Nainital a longtemps été mon refuge d’été, à cet âge incertain, entre l’enfance et l’adolescence, loin de la chaleur des plaines. Pour beaucoup, c’est une station de montagne prisée ; pour moi, c’est surtout un concentré de souvenirs, de routes sinueuses, de balades autour du lac, de rires et d’escapades qui donnaient à chaque été un goût d’aventure.

Lac de Nainital, Naini Lake

Nichée entre lac et montagnes

L’histoire de Nainital est intimement liée à son lac, le célèbre Naini Lake, autour duquel la ville s’est développée. Avant de devenir une station touristique prisée, la région était surtout connue pour ses paysages et pour la dimension spirituelle associée au lac, dont le nom est lié à la déesse hindoue Naina Devi.

Temple de Naina Devi, Nainital Tourism

Sous l’époque coloniale britannique, Nainital est progressivement devenue une hill station, ces villes d’altitude où l’on venait chercher la fraîcheur et un certain art de vivre loin de la chaleur écrasante des plaines indiennes. Des bâtiments d’inspiration victorienne, des écoles réputées et des promenades aménagées ont peu à peu façonné son identité.

Mais au-delà des traces de cette histoire, Nainital a su garder une atmosphère singulière : celle d’une ville à taille humaine, nichée dans les montagnes, qui semble regarder son propre reflet dans les eaux calmes du lac.

Le royaume des taal

Ce qui frappe en arrivant à Nainital, c’est cette sensation d’entrer dans un amphithéâtre naturel. Les collines entourent la ville comme un écrin, et au centre repose le lac principal, paisible, changeant de couleur selon l’heure du jour.

La région est jalonnée de nombreux autres taal : Bhimtal, Sattal, Naukuchiatal, chacun de ses lacs ponctuant le paysage et contribuant à son charme presque magique. Le matin, une brume légère flotte encore au-dessus de l’eau ; à midi, le soleil fait scintiller la surface ; le soir, les lumières de la ville se reflètent doucement, comme un collier d’or posé sur le lac.

Bhimtal, Me Saurabh Kushawaha

Les points de vue en hauteur offrent des panoramas à couper le souffle sur les montagnes, parfois jusqu’aux sommets enneigés au loin. Pour l’enfant que j’étais, ces paysages semblaient infinis : chaque virage de la route promettait une nouvelle carte postale.

Au cœur des merveilles de l’Uttarakhand

Nainital n’est pas une ville où l’on se presse ; c’est une ville où l’on prend le temps. Les activités touristiques y sont nombreuses, mais toujours à un rythme qui invite à savourer.

Une promenade en bateau sur le Naini Lake fait presque partie du rituel, que l’on soit visiteur de passage ou habitué des lieux. On peut se balader sur Mall Road, observer la vie locale, s’arrêter pour un thé chaud ou quelques souvenirs. Les plus curieux montent en téléphérique pour admirer la ville d’en haut. Les amateurs de nature préfèrent les randonnées dans les collines environnantes.

Pour les aventuriers, il y a les excursions aux alentours : la rivière Kosi permet de s’initier au rafting, tandis qu’une visite au Jim Corbett National Park permet d’observer tigres, éléphants et autres animaux dans leur habitat naturel.

Jim Corbette National Park, Me Saurabh Kushawaha

La région d’Uttarakhand ne se limite pas à Nainital. Dehradun, la capitale, séduit par son ambiance paisible et ses écoles prestigieuses. Haldwani est le point de passage vers les lacs et montagnes environnants. Bageshwar et Kausani, plus au nord, charment par leurs cadres naturels et leurs temples pittoresques. De charmantes villes comme Ranikhet et Almora méritent elles aussi le détour.

La Vallée de Bageshwar du Hill Top View, Me Saurabh Kushawaha

Des saveurs réconfortantes et des souvenirs gourmands

Impossible de parler de Nainital sans évoquer la nourriture, si étroitement liée à mes souvenirs de vacances. Certaines saveurs ont ce pouvoir étrange de nous ramener instantanément à un moment précis de notre vie.

Le dahi jalebi, par exemple : ce contraste entre le sucré chaud et le yaourt frais, dégusté souvent le matin, reste pour moi indissociable de la ville, surtout lorsqu’il est savouré chez Chandni Chowk, là où les saveurs de la street‑food locale se mêlent aux épices et aux traditions.

Dahi Jalebi

Dans les ruelles animées du Tibetan Market, les momos de Sonam Fast Food sont presque une institution. Vapeur ou frits, servis avec une sauce épicée relevée, ils fondent en bouche et réchauffent après une balade dans la fraîcheur des montagnes.

Les dahi kebabs de Zooby’s Kitchen, croustillants au croc et fondants à l’intérieur, offrent une parenthèse réconfortante. Mieux encore, ils se dégustent avec vue sur le lac depuis la terrasse, parfait pour une soirée détendue après une journée de visites.

Pour les amateurs de douceurs, les pâtisseries de The Sakley’s Restaurant & Pastry Shop sont incontournables. Ce salon de thé historique sert des éclairs, cheesecakes, cinnamon rolls… un paradis pour le « bec sucré ».

Sans oublier les snacks de rue comme le bhutta : maïs grillé fumant, assaisonnée d’un peu de sel, de citron ou d’une sauce au piment vert et coriandre à la demande. Je rêve encore du dodhi bhutta, ce maïs jeune, tendre et encore plus savoureux.

Bhutta

Ce ne sont pas des plats sophistiqués, mais justement : ils racontent une cuisine de souvenirs. À Nainital, manger, c’était autant une question de goût que de moments partagés : une pause au milieu d’une promenade et, parfois, tout simplement la destination d’un beau trajet.

La douceur du climat, trop précieuse pour être ignorée

Ce qui rendait cette région encore plus précieuse pendant mon enfance, c’était sa météo. Quand la chaleur devenait pesante ailleurs, ici, l’air restait léger. Ni trop chaud, ni trop froid : juste ce qu’il faut pour porter une veste le matin, marcher confortablement l’après-midi et profiter de soirées fraîches sans jamais grelotter.

Silhouette de l’Uttarakhand, Chakrata, Me Saurabh Kushawaha

Cette douceur climatique donnait l’impression que les journées s’étiraient naturellement, sans fatigue, sans urgence. On pouvait passer des heures dehors à explorer sans jamais ressentir cette lourdeur que l’été et la mousson indienne imposent parfois. Pour beaucoup, la météo est un détail ; pour moi, elle fait partie intégrante du charme de Nainital, presque comme une promesse de bien-être renouvelée chaque année.

Un refuge au cœur de mes souvenirs

Au fond, ce qui fait de Nainital un lieu irremplaçable, ce ne sont ni ses paysages ni ses activités, aussi beaux soient-ils. C’est le confort que j’y trouvais auprès de mes oncles et de mes tantes, cette sensation d’être à la fois en vacances et à la maison. Les journées étaient rythmées par nos balades, nos long drives sur les routes de montagne, toujours accompagnés des plus belles musiques de Bollywood, nos conversations sans fin et nos éclats de rire. Il y avait cette insouciance propre à l’enfance, quand chaque trajet devenait une aventure et chaque détour une découverte.

Tiuni, Me Saurabh Kushawaha

Parfois, ces escapades nous menaient plus loin que prévu. Un soir, dans un hôtel perché dans les montagnes, nous étions à la fenêtre quand, au loin, un léopard est apparu, traversant calmement la pente dans la pénombre. La scène était silencieuse, presque irréelle. On s’est regardés sans trop parler, conscients d’assister à quelque chose de rare, entre fascination et frisson.

D’autres fois, nos virées nous emmenaient jusqu’au Mahendranagar Market, au Népal. Mon oncle et moi étions d’une insouciance totale, convaincus que le monde était à notre portée. J’ai même failli m’y perdre avec lui, à la recherche de la poste (ne me demandez pas pourquoi), un souvenir très drôle avec le recul. Tout semblait possible, comme si les frontières n’étaient qu’une ligne floue sur une carte.

Il y avait aussi cet autre détail, que je n’ai compris que bien plus tard : mon oncle, avocat de profession et photographe passionné à ses heures perdues, passait son temps à nous photographier. Des milliers de clichés pris sur le vif, « candid« . À l’époque, cela m’amusait à peine ; aujourd’hui, j’en mesure pleinement la valeur. Ces images sont devenues des trésors, des fragments figés de bonheur et de spontanéité.

Nainital Sunset, Me Saurabh Kushawaha

Aujourd’hui encore, quand je pense à Nainital, ce sont ces moments-là qui me reviennent d’abord : la chaleur des liens, la joie simple d’être ensemble, les routes en lacets rythmées par la musique, et cette impression rare d’être exactement là où je devais être.

Avec le temps, on réalise que certains lieux ne nous quittent jamais vraiment. Nainital n’est pas seulement une ville de vacances, ni même une station de montagne pittoresque : c’est un morceau de mon histoire personnelle. Elle représente une époque, des visages, des voix, des kilomètres parcourus et des souvenirs qui continuent de vivre en moi. Peut-être est-ce cela, au fond, la vraie magie de Nainital : sa capacité à être à la fois un lieu que l’on visite et un lieu que l’on porte en soi, longtemps après être reparti.