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La communauté Siddi : des afro-descendants en Inde

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Le sous-continent indien a connu de nombreuses invasions et vagues migratoires au cours de son histoire. Aujourd’hui les vestiges de ces migrations font de l’Inde un pays à la multiculturalité reconnue. Différents groupes ethniques, langues, religions, coutumes et traditions se mélangent et cohabitent ensemble depuis des siècles. 

Mais saviez vous qu’une communauté d’origine africaine se trouvait en Inde depuis plus de 400 ans ?

Cette communauté est la communauté Siddi. Découvrez dans cet article leur histoire et leur situation actuelle en Inde.

Source photo : Ketaki Sheth

Origines et Migration

Les Siddis sont les descendants du peuple Bantou. C’est un groupe ethnique présent dans une très grande partie de l’Afrique centrale et du sud-est ; dans des pays tels que l’Ethiopie, le Kenya ou encore la Somalie.

Les sources sur l’arrivée de ce groupe ethnique en Inde (mais aussi au Pakistan) sont nombreuses mais diffèrent. En revanche, elles indiquent toutes que les Siddis sont arrivés dans le sous-continent indien en plusieurs temps.

Tout d’abord, vers le 7ème/8ème siècle après JC, lorsqu’une grande population de Bantou est amenée en tant qu’esclaves par des caravaniers musulmans sur le territoire indien. Certains hommes étaient spécialement choisis pour leur qualité de maçon, de forgeron ou de charpentier. Quelques sources indiquent également que des Siddis voyageaient vers le sous-continent indien pour le commerce.

Mais concernant les esclaves, nombreux d’entre eux ont servi dans l’armée de commandants musulmans de l’empire Moghol comme l’indique le site The Siddi Project. De célèbres noms comme Muhammad Ibn Qasim, commandant militaire d’Arabie Saoudite ayant initié la première invasion musulmane de l’Inde ou encore Asif Jahi Nizam, dirigeant de la garde de cavalerie d’Hyderabad, ont dirigé de grandes armées avec beaucoup de Siddis dans leurs rangs.

Ainsi, ils avaient une place privilégiée et pouvaient se voir confier de hautes responsabilités dans certains états ou même devenir des nobles ou des rois.

Malik Ambar

Un Siddi a d’ailleurs su se démarquer. Il est devenu un illustre chef militaire puis un ministre et enfin le premier dirigeant Siddi d’un sultanat en Inde. Il s’agit de Malik Ambar.

De son nom de naissance Chapu, Malik Ambar a été vendu de maître en maître et a profité de leur enseignement pour gravir les échelons de l’armée. C’est ainsi qu’il est nommé dirigeant du sultanat d’Ahmednagar. Ses prouesses militaires, son sens de la stratégie et de l’honneur ont fait de Malik Ambar un grand un chef militaire indien durant le 17ème siècle.

La deuxième vague de migration date du XVIe siècle. Cette fois-ci, ce sont les colons portugais et britanniques qui apportaient les esclaves.

Mais en 1800, les Anglais interdisent l’esclavage. Et parallèlement à cela, la domination portugaise dans la région de Goa prend fin.

C’est ainsi que de nombreux Siddis prennent leur indépendance et fuient dans les contrées forestières. Tandis que d’autres se sont installés dans plusieurs villes comme Yellapur, Jambur ou encore Ahmedabad.

Les Siddis actuellement

Aujourd’hui, les Siddis forment une communauté d’environ 50 000 personnes en Inde. Ils résident principalement dans des états tels que le Gujarat ou le Karnataka, mais aussi dans le Daman-et­-Diu ou encore à Goa. Au Pakistan, la population Siddi (qu’on appelle plutôt Sheedi) est estimée à 250 000 habitants. Si certains ont réussi à s’installer dans les villes et villages, beaucoup de Siddis sont localisés dans les forêts.

En général, les hommes et femmes Siddis travaillent en tant qu’agriculteurs, coolies ou ouvriers saisonniers dans les plantations. Ils cultivent le riz ou les noix d’Arec

Leur assimilation

Malgré leur origine, les Siddis ont gardé très peu de coutumes de leur ancêtre. Ils ont presque totalement assimilé la culture de la région dans laquelle ils sont situés. Ils parlent les mêmes langues (le kannada, le konkani, le gujarati), s’habillent de la même manière et pratiquent les mêmes religions que les autres Indiens.

Concernant les pratiques religieuses, les descendants actuels ont très probablement adopté la religion de leur ancien propriétaire. Ainsi, il y a des chrétiens, des musulmans et des hindous Siddis. Dans le Gujarat, ils sont majoritairement musulmans alors que dans le Karnataka, on retrouve plus de chrétiens et d’hindous.

Mais les Siddis ne sont jamais divisés pour leur religion. Car, en plus de se considérer comme des indiens à part entière, ils gardent un lien très fort d’unité et n’oublient pas leur descendance commune.

Cependant, il faut noter qu’ils ont conservé un héritage musical africain très fort. Encore aujourd’hui ils pratiquent les musiques et danses traditionnelles bantous et les performent souvent devant des touristes curieux, venus de tout horizon.

Cette danse aux caractéristiques uniques appelée Dhammal (qui signifie amusement en gujarati) se fait sur le rythme du ngoma, un tambour typiquement retrouvé dans le centre et l’est de l’Afrique. Les danseurs portent des tuniques et des couronnes de couleurs vives faites de plume de paon et un maquillage tribal de couleur blanche.

Le Dhammal est un véritable marqueur identitaire et culturel siddi.

Racisme et Difficultés

Encore trop peu de personnes même en Inde et au Pakistan connaissent l’existence des Siddis.

Deux causes peuvent expliquer cette méconnaissance.

Tout d’abord, les communautés Siddis s’organisent très souvent seulement entre elles et se retrouvent dans les forêts isolées des autres habitants. Ensuite, ceux-ci font face à beaucoup de racisme et de stéréotypes.

En effet, à cause de leurs traits africains qu’ils ont gardé malgré le fait qu’ils vivent en Inde depuis des générations, le reste de la population indienne les considère comme des étrangers et projette sur eux les clichés qu’ils possèdent sur les personnes venant d’Afrique. Les Siddis sont alors associés injustement à la prostitution, le trafic de drogue et la délinquance.

Une jeune fille Siddi du Karnatake. Source photo: Suhitha Shetty (Instagram)

Et comme souvent, pour les personnes à la peau foncée ou issues des castes inférieures, les Siddis font face à beaucoup de discrimination à l’emploi. C’est une population qui connaît un très fort taux de chômage et qui peine à se faire une réelle place dans la société indienne. La pauvreté, le manque de moyens pour l’accès à l’éducation ou aux soins demeurent toujours.

Et ce même si en 2003, après beaucoup de lutte et de détermination, les Siddis ont obtenu le statut de tribu répertoriée. Ce statut leur permet de recevoir certaines aides gouvernementales qui contribuent à l’autonomisation des communautés les plus reculées.

La libération par le sport et l’art ?

En s’intéressant de plus près à l’insertion des Siddis, on constate que le gouvernement indien a tenté de valoriser la place de cette communauté dans la société.

Dans les années 80, l’Autorité des Sports de l’Inde lance un programme (le “Special Area Games) permettant d’accompagner et d’encourager les enfants Siddis dans le domaine de l’athlétisme. (Sur fond de stéréotype) L’Autorité pensait que, de par leur génétique, les Siddis pourraient développer de grandes capacités en sport et donc devenir un atout majeur dans les compétitions à l’international.

L’athlétisme est ainsi devenu un élément important de la communauté Siddi et un moyen d’offrir un avenir meilleur à la jeunesse.

Pendant cette période, beaucoup de jeunes Siddis ont réussi à se démarquer au niveau national. Un nouveau regard était posé sur la communauté. Et beaucoup ont obtenu des emplois gouvernementaux, réputés stables et bien rémunérés.

Par exemple, Juje Jackie Siddi, ancien athlète talentueux du programme, est devenu un véritable représentant de la communauté.

Récemment, Juje Jackie Siddi a beaucoup contribué à faire reconnaître la présence des Siddis. Il joue souvent les guides pour les personnes qui souhaitent rencontrer les communautés encore restées dans les zones forestières.

Cependant, le programme d’aide a été supprimé brusquement en 1993 et les tentatives pour le relancer ont été infructueuses.

De nos jours, quelques associations non gouvernementales (comme Brige of Sport) continuent de maintenir cet esprit sportif auprès des jeunes.

Il y a le sport mais il y a aussi les Kawand Siddis

En effet, les femmes de la communauté tentent d’être plus indépendantes financièrement en vendant des kawand. Ce sont des couvertures en patchwork, tissées de manière traditionnelle et ornées de diverses formes et motifs colorés. Les couvertures sont fabriquées à partir de vieux tissus recyclés, ce qui fait que chaque courtepointe est unique.

En 2020, leurs créations ont même fait l’objet d’une exposition au Musée de la Diaspora Africaine à San Francisco.

Finalement les Siddis font partie des nombreux peuples afro-descendants qui se trouvent dans tout le sous continent indien (Inde, Pakistan, Sri Lanka). Ces peuples sont souvent discriminés malgré leur complète adaptation aux coutumes locales. Pour les connaître, il faut savoir où s’informer mais peut-être que le cinéma pourrait être un moyen de les révéler comme pour l’acteur Pashant Siddi …

Les ressources pour en savoir plus :
  1. Un article documentaire : Siddi Life and Their Sense of Belonging in Karnataka, India (http://www.focusongeography.org/publications/articles/siddi/index.html), par Sumanth Reddy
  2. Une vidéo YouTube: Les Siddis : les Africains oubliés de l’Inde -(https://www.youtube.com/watch?v=6w1mwKyqiyY), par L’ONU
  3. Un livre: African Diasporan Communities Across South Asia, écrit par Omar H. Ali et Kenneth X. Robbins

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